Numéro 6 | Trouver ma Place

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Octobre 2026

Éditorial | Sixième Numéro du Phénix


Chères amies, chers amis,

Bienvenue dans ce nouveau numéro du Phoenix.

Trouver sa place : tel est le thème de ce numéro. Trouver sa place dans la vie. Trouver un lieu de rencontre. Trouver sa place entre le monde moderne et la nature. Sébastien a trouvé un lieu tout près de chez lui. Il y a rencontré de nombreuses personnes, dont beaucoup étaient de passage, en route d’un endroit à un autre, et certaines ont accepté de contribuer à ce numéro. Parmi elles : Sara, une jeune artiste du Pakistan ; Almaz, une mère venue d’Éthiopie ; et Angélica, une humanitaire mexicaine. Chacune raconte des histoires, les unes vécues, les autres observées, de personnes qui cherchent et trouvent leur place. Comme ces personnes, il nous arrive de rester, mais souvent nous repartons, jusqu’à trouver le lieu où notre vie extérieure et notre vie intérieure sont en harmonie.

Souvent, ce sont nos espaces intérieurs que nous cherchons à découvrir. Dans ce numéro, j’inaugure ce qui, je l’espère, deviendra une rubrique régulière : le partage de mon expérience avec un petit outil de réflexion astucieux, un jeu de cartes appelé le Tarot. Pour en savoir plus, rendez-vous en page 14 !

Christoph


Le café « Le temps d’un arrêt »

Par Sébastien Couturier

Je vis dans ce quartier depuis 2008. Pourtant, ce n’est que maintenant que je le redécouvre, car mon TSPT — trouble de stress post-traumatique — me gardait prisonnier dans ma tête, avec mes guerres. Avec les odeurs et les images que j’ai ramenées de ces dix-huit ans de mission avec la Croix-Rouge et qui m’ont façonné. Les précédents numéros de notre journal « The Phoenix » sont précieux à relire. Mon présent à moi est différent : je le vois en permanence à travers les lunettes de mon masque à gaz personnel, qui m’empêche de respirer et de voir librement. C’est une oppression permanente qui altère ma perception du réel. Un exemple tout simple : ici, il n’y a pas de tirs d’armes légères. En mission, pour moi, les tirs, c’était le bruit du quotidien normal. Ce bruit de fond accompagnait le café au bureau, avant de lire les mails reçus du siège à Genève. C’était le « tout va bien », le « comme d’habitude », avec les « petites atrocités » devenues banales, en somme. Mais le silence, lui, était lourd de menaces. Terrifiant, car il annonçait les massacres, les pires horreurs et la mort qui vient. Il me fait toujours peur, seize ans après, car les visages et les odeurs reviennent avec les cris, sans prévenir.

Puis j’ai trouvé ce lieu, « Le temps d’un arrêt », qui me fait un bien fou. Je ne m’attendais pas à y être frappé de plein fouet par le terrain, mais sous une autre forme. Belle, celle-là ! C’est le lieu des deuxièmes chances : pour moi, comme client, et pour ceux qui y sont formés et accompagnés par leurs professeurs. Celui des parcours qui deviennent beaux après la galère. Ils ne savent rien de moi. Pour être en sécurité, comme sur le terrain, il vaut mieux ne pas attirer l’attention. Et puis mon hypervigilance veille : j’ai appris à chercher toutes les menaces pour survivre. La jeune serveuse, Sara, avec son sourire, m’a parlé du plat du jour qu’elle avait concocté et qui venait de son pays, le Pakistan. Ah ! Si elle avait su ce que ces mots évoquaient pour moi… Les images de notre collègue tué au Pakistan, le Dr Khalil, et l’histoire de mon ami Mokhtar. Heureusement, elle ne le savait pas. Elle incarnait, sans le savoir, la vie. Et cette fois, c’est elle, la vie, qui a gagné. Je me suis régalé. Et mes fantômes intérieurs aussi. J’ai réalisé que je commence aussi « à rentrer » dans ma tête. Avant, un moment pareil était impossible pour moi.

Photo: Luwam, Almaz, Luca et Philippe (par Sébastien Couturier)

Ce lieu me rappelle mon travail de réinsertion à Kinshasa, en 2001, avec Barthélémy — Bart — et Freddy, deux apprentis mécaniciens, anciens enfants soldats sortis d’un camp de prisonniers. Il est possible de réveiller l’humanité, même chez ceux que l’on peut considérer comme perdus dans une violence sans limite. Pour moi, les actes réels comptent plus que les diplômes, les titres ou la fonction. Ici, dans ce restaurant, un des chefs de cuisine a pris le temps d’expliquer l’apiculture à une nouvelle, avec le sourire. Et moi, l’ancien apiculteur tropical d’une époque révolue, bien avant les guerres, je n’en ai pas loupé une miette. Ah ah ah ! Sans le savoir, il a été génial ! Mais ce qui me fait revenir, ce qui fait la vraie valeur de l’endroit, ce n’est pas ce qui se vend, mais ce qui se donne par toute l’équipe : leur humanité !

Almaz, la serveuse plus âgée, a cette aura. Cela se voit dans la manière dont elle agit avec tous, jeunes et vieux. Elle a cette douceur que j’associe au vécu.

L’équipe de cuisiniers prend le temps de tout faire avec soin, talent et passion. Pas de diversité culinaire à la mode des influenceurs ni de « vite fait » vendu cher, mais du savoir-faire jusque dans le goût du biscuit qui accompagne le café ! Et les biscuits de Noël… vivement les prochains! Je vous laisse goûter. Miam !

J’avoue que je savoure ce qui est « sans valeur » pour beaucoup : voir des personnes âgées prendre un café paisiblement, la belle dame coquette occupée avec ses dossiers importants, la personne en fauteuil roulant qui échange avec un autre client.

Le postier, le policier… C’est quand ils manquaient tous que j’ai compris à quel point chacun était important. Ici, au bout du téléphone, le secours arrive. Ailleurs, non ! Et les jeunes dehors qui roulent les mécaniques : même eux sont importants. Quand ils m’agacent, des images reviennent comme un rappel brutal. Je repense à ces rues remplies de corps, à tous ces objets intimes, au contenu des appartements en vrac sur le sol. Tous ces actes banals qui composent le quotidien et que l’on ne voit plus, ils sont la vie ! Pourquoi faut-il avoir été en enfer, avoir ramassé ses miettes à la pelle pour remplir un « body bag » dans des villes pillées, pour comprendre cela ? Voilà la vraie question. Je ne cherche plus de réponses à tous mes « pourquoi » du terrain, car il n’y a pas de réponse.

Plus de guerre. Le moment présent. Ouf. Et un sourire avec un café : quoi de mieux ?

Cet endroit, « Le temps d’un arrêt », aux Palettes, est pour moi une « ode à la Paix », composée et offerte par tous ceux qui y sont. Alors, venez y boire un café aussi ! Vous ne risquez que d’avoir envie d’y revenir pour rencontrer Philippe, Luca, Marco, Almaz, Lidya, Jonathan, Sara, Ousman, Luwam et tous les autres sourires que j’oublie…

Statistiques du projet
– Le nombre de personnes accueillies en formation ou en réinsertion : 164 jeunes au total accueillis depuis la création en 2017, soit une moyenne annuelle de 18 jeunes.

– Le nombre de collaborateur-rices et de personnes en formation :  2 cuisiniers maîtres socios professionnels et 1 auxiliaire en restauration. Par le passé déjà 3 auxiliaires en restauration sont passé-es par le Réseau d’enseignement prioritaire (REP) via des contrats à durée maximale (CDM) d’une année.

– Le nombre de personnes ayant retrouvé un emploi ou une formation après leur passage: Environ la moitié trouve une formation ou un emploi après leur passage.

(Fourni au 26 août 2026 par M. Jean-Paul Stadelmann, Chef de pôle jeunesse, Ville de Lancy, Service des affaires sociales et du logement.)


Trouver ma place : mon parcours personnel d’Intégration

Par Almaz Giday

L’intégration dans un pays étranger est un chemin. Elle ne se fait pas du jour au lendemain, et elle ne signifie pas perdre qui l’on est ni oublier d’où l’on vient. Pour moi, l’intégration a été un processus fait d’apprentissage, d’adaptation, de rencontres, de difficultés à surmonter et, surtout, de recherche d’un équilibre entre mes racines et mon nouvel environnement.

Je me souviens de la première fois où j’ai quitté mon pays, en 2010. Essayer de trouver ma place dans une nouvelle société n’a pas été facile. 

L’un des plus grands défis était la barrière de la langue. J’ai dû apprendre à communiquer, à comprendre une culture différente et à m’adapter à un nouveau mode de vie.

À cette époque, j’étais l’épouse d’un humanitaire en mission internationale. En quelques années, nous avons déménagé plusieurs fois d’un pays à l’autre. À chaque fois, je devais recommencer à m’adapter et à m’intégrer dans une nouvelle société. Ironie du sort : c’était justement au moment où je commençais à me sentir chez moi, vraiment intégrée, qu’il fallait refaire les valises et repartir.

Avec le temps, pourtant, ces expériences m’ont appris quelque chose de très important : l’intégration demande du temps, de la patience et un cœur ouvert. Chaque lieu m’a enseigné quelque chose de nouveau. Chaque personne rencontrée a enrichi ma compréhension du monde. Même si déménager si souvent a parfois été difficile, cela m’a aussi rendue plus forte, plus capable de m’adapter et plus ouverte à d’autres cultures et à d’autres modes de vie.

Quand je suis arrivée à Genève il y a deux ans, j’ai découvert quelque chose que j’apprécie beaucoup. Genève est un lieu où vivent ensemble des personnes de nationalités, de cultures et d’horizons très différents. Cette diversité me donne le sentiment qu’il y a une place pour tout le monde.

Genève me rappelle aussi Bahir Dar, la belle ville d’Éthiopie où j’ai grandi. Bahir Dar se trouve dans le nord-ouest de l’Éthiopie, sur les rives du lac Tana, l’un des plus grands lacs du pays et la source du Nil Bleu. À sa manière, Genève a elle aussi son beau lac Léman et son Rhône.

Grâce à ce lien entre les deux villes, Genève m’est un peu familière. Même si je suis loin de l’endroit où j’ai grandi, j’ai trouvé de petits bouts de chez moi dans mon nouvel environnement.

Photo by Christoph Hensch

Pour moi, s’intégrer ne veut pas dire devenir quelqu’un d’autre. C’est arriver avec ce que je suis – ma culture, mes expériences, mes valeurs – tout en étant prête à apprendre des autres. C’est participer à la vie de la société, tisser des liens, apprendre la langue et contribuer de toutes les façons possibles.

Mon parcours se poursuit. Il y a eu des moments difficiles, des moments d’incertitude et des moments où je me suis demandé où était vraiment ma place. Mais il y a eu aussi beaucoup de personnes qui m’ont encouragée, qui m’ont soutenue et qui m’ont rappelé que chaque petit pas compte.

Aujourd’hui, je suis reconnaissante envers chaque personne et chaque organisation qui m’a soutenue et encouragée tout au long du chemin. Je tiens tout particulièrement à remercier Camarada, la Ville de Lancy – Emploi Jeunes, l’Hospice général, mon lieu de travail, les associations et organisations qui m’ont accueillie et soutenue, ainsi que toutes mes amies et tous mes amis qui m’ont encouragée à écrire et à partager mon expérience.

Par-dessus tout, je remercie Dieu, qui me porte, me donne la force et m’accorde la grâce de continuer à avancer, même dans les moments difficiles.

Mon histoire n’est qu’une parmi tant d’autres. Mais je crois que chaque histoire d’intégration a quelque chose de précieux à nous apprendre. Parfois, trouver sa place dans un nouveau pays prend du temps. Parfois, il faut du courage pour tout recommencer. Et parfois, chez soi, ce n’est pas seulement l’endroit où l’on a vu le jour ou grandi ; ce peut aussi être celui où l’on trouve l’acceptation, le lien, l’amitié et l’espoir.

S’intégrer, ce n’est pas oublier d’où l’on vient. C’est jeter un pont entre là d’où l’on vient et là où l’on va.

À propos de l’autrice :

Ce témoignage est celui d’une mère, épouse d’un ancien humanitaire et elle-même humanitaire. C’est une femme profondément reconnaissante pour les lieux qu’elle a traversés, pour celui où elle vit aujourd’hui, et pleine d’espoir pour celui vers lequel elle va.

Son parcours lui a appris que l’intégration ne consiste pas à laisser notre identité derrière nous, mais à porter avec nous nos histoires et nos valeurs, tout en ouvrant notre cœur à de nouveaux lieux et à de nouvelles expériences. Almaz partage son histoire avec gratitude, espoir et foi, avec la confiance que la route continuera de s’ouvrir devant elle.

ቤት ከሌለ ሕይወት ትርጉም የላትም።

La vie n’a pas de sens sans un foyer.

ካልጠራህ በስተቀር ማን በሩን ይከፍታል።

À moins que vous n’appeliez, qui ouvrira la porte ?


La transcendance à travers le prisme de la jeunesse

Par Sara Saleem Daredia

Note avant la lecture :
Ce texte aborde la traite des êtres humains, l’exploitation sexuelle d’une enfant, les violences sexuelles et la consommation de drogues. Lisez-le à votre rythme : vous pouvez faire une pause, passer certains passages ou y revenir plus tard.

Transcendence through the Prism of Youth (« La transcendance à travers le prisme de la jeunesse ») était une exposition d’art de trois jours, que j’ai préparée pendant plus d’un an avec mon ami d’école et collègue Paul Michael Rimmer, en 2022. Nous avions alors 18 ans et avions tous deux décidé de prendre une année sabbatique avant de nous lancer dans les études universitaires. Pendant cette année, nous avons travaillé ensemble sur cette exposition, qui a finalement eu lieu dans la Vieille Ville de Genève, du 23 juin à 18 h au 26 juin 2022. Une expérience qui m’est précieuse aujourd’hui encore, dont je parle et sur laquelle j’écris toujours.

La figure de la personne survivante nous avait toujours intrigués, Paul et moi. Il y a environ sept ans, Rasha Hammad, directrice générale et fondatrice de Youth Underground, est venue dans notre école avec un survivant de la traite des êtres humains. Son histoire a ému tout le monde, mais plus encore son courage : il partageait son expérience avec tant d’honnêteté et de détails. Comme nous passions beaucoup de temps ensemble à l’école, Paul et moi avions souvent parlé de la manière dont ces histoires d’épreuves, d’acceptation progressive et de reconquête de soi nous inspiraient profondément.


L’Évasion
Artists: Paul Michael & Sara Saleem Daredia

Cette œuvre représente la vie de Rayanne pendant qu’elle était victime de la traite. L’absence de détails sur le visage suggère que son histoire pourrait être celle de n’importe qui, soulignant l’universalité du problème. Les talons aiguilles de Rayanne symbolisent sa vie d’enfant contrainte à la prostitution. Le fond métallique évoque l’image éblouissante d’une ville et de ses gratte-ciel, soulignant son caractère écrasant, dans lequel Rayanne, 16 ans, se sent perdue. Sa silhouette a pourtant été mise en relief, pour suggérer qu’elle échappe à cette période déterminante de sa vie.


Rayanne et Antares sont deux personnes survivantes qui ont vécu un traumatisme de manière différente, à des époques et en des lieux différents. Pourtant, leurs parcours de guérison ont connu des turbulences semblables. Rayanne a été victime de la traite à 16 ans, à Vancouver, au Canada. En 1998, elle a été violée pour la première fois par son petit ami et les amis de celui-ci. Issue d’une famille dysfonctionnelle, elle cherchait désespérément l’amour et l’affection dont elle se sentait privée à la maison. Elle a rejoint un gang avec des amis, ce qui lui donnait un sentiment d’appartenance. Passant le plus clair de son temps dans la rue, elle a fini par tomber entre les mains d’un proxénète. Puis, d’un proxénète à l’autre, elle a subi de graves tortures physiques et psychologiques, enfant contrainte à la prostitution. Mais le véritable combat a commencé après qu’elle a échappé aux proxénètes, laissée seule face à son passé et à l’avenir qu’il lui fallait construire. Son parcours de guérison a été fait de culpabilisation, d’anxiété et de drogues. Ce qui l’a fait tenir, c’est son amour des chevaux, des chiens, de la nature et des livres. En 2022, nous avons découvert en Rayanne une femme de 40 ans, dresseuse de chevaux professionnelle, militante, écrivaine, consultante et animatrice du podcast Focus Forward the Rayanne K. Irving Podcast. Elle est bien plus qu’une survivante de la traite des êtres humains. Une source d’inspiration pour beaucoup. L’histoire d’Antares sera explorée dans le prochain numéro.


Tourmente
Artiste: Paul Michael Rimmer

Le plus « écœurant » dans tout cela, comme le dit Rayanne, « c’est [qu’elle avait] passé 15 ans à croire que [son] esclavage sexuel était dû au fait que, comme la société [le lui] avait dit, [elle était] une femme abîmée et répugnante ». Convaincue que tout était de sa faute, elle a vu la drogue entrer dans sa vie à 17 ans. Affronter son reflet dans le miroir était devenu l’épreuve ultime.


Paul et moi avons cherché à comprendre et à interpréter leurs histoires, en tenant compte de la portée symbolique des matériaux, et nous avons expérimenté différentes techniques formelles, ce qui nous a menés à nos six œuvres finales (trois pour représenter le parcours de guérison de chacune de ces deux personnes). Ensemble, ces deux histoires ont bousculé bien des idées reçues sur les personnes ayant survécu à un traumatisme. Rayanne a été victime de la traite et contrainte à la prostitution alors qu’elle était adolescente, au Canada. Les œuvres étaient présentées de façon linéaire, emmenant le public dans deux voyages. Même si la plupart des gens n’avaient sans doute pas vécu exactement ce qu’ont vécu Antares et Rayanne, leurs émotions, elles, étaient profondément humaines. Le caractère chaotique de leur guérison et l’anxiété sévère qu’ont connue ces deux personnes pouvaient faire écho chez beaucoup de celles et ceux qui ont des difficultés de santé mentale.

Le but était d’aider le public à ressentir de l’empathie envers les personnes ayant survécu à un traumatisme. Nous voulions contribuer à changer le regard de la société : qu’au lieu de considérer les survivantes et les survivants avec pitié, on voie dans leur courage une inspiration. L’engagement de Rayanne et d’Antares pour rendre le monde meilleur pouvait être une source d’espoir pour beaucoup. C’est aussi ce qu’ont exprimé les personnes venues voir l’exposition, notamment au « coin des pensées », où beaucoup ont laissé leurs réflexions : nombre d’entre elles disaient avoir trouvé l’exposition touchante, émouvante, et s’y être reconnues. Après coup, certaines personnes sont venues vers moi et se sont confiées sur leur propre histoire, parfois bouleversante. Un rappel que tout le monde peut traverser la tragédie, le traumatisme et le rétablissement.

Ce texte commence par l’histoire de Rayanne. 


Rayanne
Artiste: Sara Saleem Daredia

Le henné est utilisé ici comme symbole de la personne survivante. Pour produire le henné, on cueille les feuilles des plantes, qui subissent ensuite un broyage et une transformation intenses ; et pourtant, il sert finalement à créer de fascinants dessins sur le corps. Par ailleurs, la texture granuleuse du henné contraste fortement avec les lignes parfaitement découpées et l’aspect métallique de « L’Évasion », mettant ainsi en valeur les plus beaux souvenirs d’enfance de Rayanne, à la ferme, et son lien avec la nature. Les couleurs vives qu’elle chérit le plus sont aussi celles que l’on trouve le plus souvent dans la nature : l’orange, le vert et le jaune. L’amour de Rayanne pour les chevaux a été essentiel dans son parcours de guérison. Une promenade à cheval oblige à vivre l’instant, à profiter du présent et à se déconnecter un moment du passé.


À propos de l’autrice :

Sara Saleem Daredia se passionne pour le développement sous toutes ses formes. Elle prépare actuellement un master en sciences de l’environnement à l’Université de Genève. L’art lui tient toujours à cœur, et elle continue de l’explorer en parallèle de ses études. Transcendence through the Prism of Youth fait partie des expositions qui l’ont durablement marquée.


Qu’est-ce qui soutient la vie, quand et où cela semble impossible ?

Par Angélica Nieto

Il y a huit ans, j’ai été témoin de l’exemple le plus extraordinaire de la capacité de la nature à soutenir la vie, lors d’une mission dans la Corne de l’Afrique. J’ai rencontré un enfant qui avait survécu grâce aux soins d’une louve. Elle — la louve — l’avait adopté alors qu’il était tout petit et l’avait élevé dans les montagnes. On ignorait s’il avait été abandonné ou était devenu orphelin au milieu du conflit armé. La communauté qui vivait dans la vallée savait qu’il descendait des montagnes de temps à autre pour aller chercher de la nourriture au village et la rapporter à sa meute.

Lorsque le conflit a de nouveau éclaté, avec des affrontements armés dans les montagnes et les villages environnants, de nombreuses personnes sont arrivées au village en quête de sécurité. Ces nouveaux venus ne connaissaient pas l’enfant, qui avait lui aussi fui vers le village, sans sa meute.

Ils l’ont battu, craignant qu’il ne soit possédé par un démon ou un esprit malin. J’ai vu la foule le frapper devant l’hôpital où je travaillais. Quand je me suis approchée d’eux et que j’ai vu l’enfant, incapable de me faire comprendre dans leur langue, je l’ai serré dans mes bras pour qu’ils cessent de le frapper. Il m’a mordu le bras. Je l’ai porté jusqu’à l’hôpital avec l’aide de mon équipe.

Il était en état de panique. Nous avons essayé de l’aider à se sentir calme et en sécurité, et nous avons envisagé différentes hypothèses pour comprendre ce qui se passait. Nous avons écarté les causes médicales susceptibles d’expliquer les comportements qu’il manifestait, et nous avons fini par apprendre son histoire grâce à des membres de la communauté qui travaillaient à l’hôpital.

Comme cela arrive souvent lorsque les équipes médicales ne trouvent pas de cause médicale à traiter, c’était surtout moi, la psychologue, qui étais censée «gérer» la situation. Intuitivement, j’ai priorisé la satisfaction de ses besoins de base, en insistant sur l’importance d’être aussi prévisible que possible afin de réduire ses réactions de sursaut et sa peur.

Au cours des premiers jours, il a commencé à jouer avec d’autres enfants non accompagnés dont nous nous occupions à l’hôpital, vu le manque d’autorités locales pour s’en charger. C’était si particulier de recevoir le rapport matinal de l’équipe médicale de nuit, dont le moment fort était : « L’enfant hurlait, et les autres enfants se sont mis à hurler avec lui. »

Après quelques jours, nous avons entrepris de lui trouver une famille d’accueil. Nous avons accompagné ce processus, et après quelques jours de prise en charge par cette famille, il est reparti vers les montagnes. Nous avons pensé qu’il était parti à la recherche de sa meute et qu’il l’avait retrouvée, car il est revenu quelques jours plus tard chez sa famille d’accueil pour une brève visite, en cherchant de la nourriture.

Il a repris son mode de vie, en allant et venant entre sa famille de loups des montagnes et sa famille humaine de la vallée.

Si le dessein de la nature est de soutenir la vie, si la nature soutient la vie là où règne la violence — en l’occurrence, sous la forme d’une louve qui a pris soin d’un enfant et l’a élevé comme un membre de sa meute — le minimum que nous devons à cette histoire est d’en tirer un principe finalement clair sur la manière de soutenir la vie là où elle semble impossible : en prenant soin de la vie, autant que nous le pouvons.

Au milieu des circonstances sombres qui secouent le monde aujourd’hui, ce qui peut soutenir la vie, je crois, c’est de la respecter et, par conséquent, de respecter la nature.

À propos de l’autrice :

Angélica Nieto est une psychologue mexicaine qui a vécu et travaillé en Afrique, en Asie, dans les Amériques et en Europe. Elle y a assuré des soins directs en tant que psychologue, a également exercé comme conseillère technique et a été responsable de programmes de santé mentale et de soutien psychosocial destinés à des communautés touchées par la violence sous toutes ses formes, par des catastrophes naturelles et par des épidémies. Elle propose actuellement un soutien psychologique en ligne et un accompagnement psychothérapeutique tenant compte des traumatismes, en anglais, en espagnol et en français, pour les personnes ayant migré, les travailleurs humanitaires et toute personne souhaitant renforcer sa santé mentale et son bien-être. Vous pouvez la contacter à l’adresse suivante : psicangelicacarrillo@gmail.com


Un Arbre

Un arbre, une fracture et deux nouveaux départs.

Comment ne pas faire le parallèle avec nos vies ?

Un jour, ses deux branches abriteront peut-être plus de nids qu’un seul tronc bien droit…

Texte: Sébastien Couturier – Photo: Christoph Hensch


Les cartes comme miroir : Le tarot et le lent travail du rétablissement

By Christoph Hensch

Le tarot est un jeu de 78 cartes illustrées, utilisé en Europe depuis au moins le quinzième siècle — d’abord pour jouer aux cartes ; ce n’est que plus tard qu’il a servi à la réflexion et à la divination. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes que la voyance n’intéresse pas du tout gardent un jeu posé sur leur table. Elles ne s’en servent pas pour connaître l’avenir, mais pour ralentir et s’écouter.

Cette nuance a son importance, surtout pour nous. Après un burnout ou un traumatisme, l’esprit se tait souvent, mais d’un mauvais silence — engourdi, embrumé, incapable de nommer ce qu’il porte. Nous avons toutes et tous lu, dans ces pages, combien il est difficile de mettre des mots sur ce que l’on a vécu. Une carte de tarot ne prédit rien. Elle offre une image — une tour, une étoile, une silhouette qui s’éloigne — et pose une question, une seule, tout en douceur : qu’est-ce que cela remue en moi ?

Ainsi utilisée, la pratique n’est rien d’autre qu’une réflexion structurée. Tu tires une carte le matin, tu restes un moment avec une question que tu n’oses pas poser de front, et tu écris ce qui remonte. L’image devient une porte vers des émotions qui se dérobent aux mots ordinaires. Elle donne une forme extérieure à ta météo intérieure, pour que tu puisses la regarder plutôt que de t’y noyer.

Soyons honnêtes : aucune donnée clinique ne montre que le tarot soigne le trouble de stress post-traumatique, et il ne remplace ni une thérapie ni le soutien entre pairs. Il peut en revanche leur servir de compagnon : un rituel d’attention intime et peu coûteux, dont tu gardes l’entière maîtrise.

Le rétablissement dont nous parlons dans Le Phoenix n’est jamais une recette. C’est un chemin que l’on parcourt pas à pas, souvent dans le brouillard. Pour certaines personnes, le tarot est un bâton de marche de plus : pas de la magie, mais un miroir tenu sans trembler, le temps de te souvenir de qui tu es en train de devenir. 

Image: Rider-Waite Smith Tarot

Le tarot n’est qu’une forme d’oracle parmi d’autres. On trouve aujourd’hui dans le commerce de nombreux jeux d’oracle qui ne suivent pas la stricte structure des 78 cartes. N’importe quel jeu de cartes peut faire l’affaire et accompagner ton chemin de découverte intérieure. Choisis-en un dont l’esthétique t’attire et dont les images te parlent, qu’elles fassent écho à tes centres d’intérêt ou à ton univers culturel.



Calendrier international

Octobre
1er : Journée internationale des personnes âgées
2 : Journée internationale de la non-violence
5 : Journée mondiale des enseignants
10 : Journée mondiale de la santé mentale
11 : Journée internationale de la fille
15 : Journée internationale des femmes rurales
16 : Journée mondiale de l’alimentation
17 : Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté

Novembre
2 : Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes commis contre les journalistes
14 : Journée mondiale du diabète
16 : Journée internationale de la tolérance
20 : Journée mondiale de l’enfance
25 : Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes
29 : Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien

Décembre
1er : Journée mondiale de lutte contre le sida
3 : Journée internationale des personnes handicapées
5 : Journée internationale des volontaires pour le développement économique et social
9 : Journée internationale de la lutte contre la corruption
10 : Journée des droits de l’homme
17 : Journée du souvenir des travailleurs humanitaires
18 : Journée internationale des migrants
20 : Journée internationale de la solidarité humaine

Photo par Christoph Hensch

Le prochain numéro sera consacré au souvenir… ※


Réactions de nos lecteurs

Nous serions ravis des réactions des lecteurs au premier numéro du Phoenix. Il est très important pour nous d’avoir votre avis – sur ce que vous avez aimé et sur ce que nous pouvons améliorer !


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Le Phoenix est un projet de l’initiative Culture of Care. Nous nous efforçons de construire une communauté de solidarité entre tous les êtres humains à travers le monde. Pour des suggestions, des contributions, des abonnements, pour nous faire un don ou pour tout autre message, veuillez nous contacter à l’adresse suivante: phoenix@culture-of-care.org.

L’équipe éditoriale du Phoenix

– Christoph Hensch, Humanitarian, Humanitaire, Expert du vécu, Philosophe
– Sébastien Couturier, Pair aidant pour travailleur dans le secteur humanitaire

Avec les contributions et le soutien d’une petite équipe de bénévoles dévoués.
Image de couverture par Christoph Hensch

Vous pouvez nous retrouver sur LinkedIn, et nous vous invitons à nous suivre ici : https://www.linkedin.com/company/culture-of-care-initiative/

The Phoenix, numéro 6 © 2026 par CCI est sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Pour consulter une copie de cette licence, rendez-vous sur https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

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